
"@Désiradeblanche
- Tome 2"
Commentaires de lecteurs :
"La vie chevillée au corps... C'est ça, exactement, elle ne craint plus rien, a tout traversé. Pourtant, l'heure du choix se pose,comme à chacun d'entre nous, à des moments clefs de nos vies...
Merci pour ce partage ! Emeline Clermont-Ferrand 2010
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Extraits
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"Elle peaufine son rôle et devient la maîtresse idéale. Jamais de faux pas, pas de gaffe. Elle gère. C’est toujours elle qui vérifie les vestes de costumes à la recherche de cheveux roux échappés, c’est elle qui le fait se déshabiller avant de lui sauter dessus sauvagement, pour éviter de déposer l’odeur de son parfum sur ses vêtements, c’est elle qui se retourne vers le siège passager de la voiture familiale avant de refermer la portière (une épingle ? un mégot de cigarette identifiable ? un CD oublié ?). Elle vérifie tout, ausculte tout telle qu’elle le ferait elle-même en tant qu’épouse au retour d’un mari souvent absent.
Elle connaît tout ça.
De la même manière, elle ne l’appelle jamais aux horaires non convenus, bien qu’il lui en coûte parfois. Quand l’actualité la rattrape et qu’elle sombre dans le désespoir devant une saisie d’huissier ou une urgence dramatique de sa fille, elle serre les poings, elle tient bon, elle sait qu’elle est seule face à sa vie. Elle sait de toute façon qu’elle peut s’en sortir sans lui, elle en est capable.
De la même manière, elle met JiM7 hors de son lit et de son appartement à l’heure à laquelle il doit habituellement rentrer au domicile conjugal. De la même manière, elle l’oblige à appeler sa femme au moins une fois par jour lorsqu’ils partent en escapade en amoureux.
Car lui oublie tout, débranche tout. Alors Désiradeblanche veille pour deux, presque comme une professionnelle.
On devrait lui délivrer un diplôme, lui décerner une médaille : la rouerie s’apprend.
Ils sont donc tous les deux dans cette galerie marchande, noyés dans la foule anonyme avec toujours ce risque qu’il croise quelqu’un de sa connaissance. Ils font les boutiques ensemble. JiM7 essaie des vestes de costume, lui demande son avis. Elle se sent brusquement « officialisée », comme basculée dans le rôle de l’épouse qu’elle a occupé pendant quinze ans avec un autre. Et même si cela lui rappelle des souvenirs doux amers, aujourd’hui, la situation l’amuse, lui plaît, la valorise.
JiM7 en gris anthracite, JiM7 en noir, JiM7 en bleu nuit, se redressant devant les miroirs sur pied. Désiradeblanche vérifie les coutures, les bains des teintures, les boutons, joue avec lui, le fait marcher, se retourner, écarter les bras…
Ils rient.
Encore de nouvelles boutiques, de nouvelles couleurs, vert bronze, gris clair, elle attrape les chemises assorties, les cravates en soie, lui rappelle qu’il devra changer de chaussures pour cette couleur-là, il lui montre les tissus qu’il aime, elle fait la grimace devant les velours (souvenirs de poches aux genoux ou aux coudes qui rendent un homme laid dans un costume qui aurait pu être beau sur cintre), les yeux brillent.
Ils sont si joyeux. Tout pourrait être si simple…
Ils parviennent ainsi jusqu’à un magasin de marque qui propose deux costumes pour 1320 euros. Désiradeblanche se lâche, se permet de lui conseiller le second choix, dans la mesure où il n’a jamais acheté de costume de sa vie (« Mon père n’en reviendrait pas de me voir habillé comme ça !! ») puisque, pour elle, un homme élégant doit obligatoirement porter un costume.
Désiradeblanche se moque, jouant de cette complicité de couple, de vrai couple. Il hésite encore. La vendeuse s’amuse. Et là, comme ça, brusquement, JiM7 prononce cette petite phrase qui stoppe tous les élans : « Attends, je vais appeler ma femme pour savoir ce que je dois faire ».
Et voilà.
Et la voilà elle, Désiradeblanche, reléguée à son rang initial de maîtresse, rôle subalterne, cinquième roue de carrosse, poupée gonflable.
Une petite porte se referme dont elle perçoit distinctement le bruit sur un petit claquement même si rien n’est perceptible de l’extérieur. Son visage impassible est toujours souriant, les yeux encore brillants du jeu qui vient pourtant de se terminer en une fraction de seconde.
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