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Au Sud, c'est l'Espagne


Commentaires de lecteurs :

"Sidérade vous entraîne dans les coulisses d'un premier amour condamné par les conventions sociales, un rêve avorté déterminant pour le futur, la naissance d'une rébellion profonde contre l'ordre établi qui poursuivra l'héroïne tout au long de sa vie. Ce livre est tout simplement MAGNIFIQUE, révoltant, rebelle, puissant, il rend espoir, il met en colère, il déterre tous les principes obsolètes ! Une belle histoire d'amour, la première, celle qui donne le ton à sa propre vie !" - Elisa Geneste

"Je suis désolée du temps qu'il m'a fallu pour te renvoyer mon ressenti sur ton denier bijou mais voila j'avais besoin de le digérer. Il m'a fallu du temps pour le lire, non pas parce que je ne l'aime pas mais parce que c'est un roman que j'ai trouvé douloureux (ce qui explique la digestion), je comprends aisément qu'il t'ait aussi fallu du temps pour l'écrire... En tout cas on y reconnait bien ta griffe, mêlant habilement plusieurs histoires s'enlaçant et s'entrecoupant.
On t'y reconnait à travers les lignes, toujours rebelle, jamais vaincue, romantique, tête forte que tu es, on comprend les racines de ce besoin d'écrire.
En tout cas c'est un roman admirable et très fort, une histoire rare écrite avec beaucoup de talent.
Merci." (DB décembre 2011)

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Au Sud, c'est l'Espagne (roman)


Extraits :

"Trente-trois ans plus tard, Lucie revivait cette scène-là avec une extrême précision. Son cerveau en avait conservé tous les détails, la chronologie parfaite. Elle entendait encore la musique diffusée par les hauts parleurs, percevait autour de son propre corps d’adolescente gracile le tournoiement de ses amies lancées dans des rocks endiablés, revoyait la crème anglaise luisante qui glissait lentement sur les assiettes sous cette chaleur de juin, et puis il y avait cette odeur de pelouse fraîchement tondue dans le parc et cette lumière vive qui filtrait entre les branches du saule pleureur comme à travers des persiennes… Face au soleil, de petits moucherons voletaient sur place, minuscules, transparents, en petits groupes, guettés par les hirondelles qui passaient en rase-mottes non loin de là, assurées de tomber juste à un moment ou à un autre… À droite, s’élevaient le hangar de bois noir, le séchoir à tabac, en face un peu plus loin, au-delà de la limite verte de l’herbe coupée, commençait la terre recouverte par les rangées de plastique blanc en dessous duquel mûrissaient les gariguettes qu’il faudrait ramasser le lendemain matin… Plus loin encore, les vergers de pommiers des voisins. À gauche, le tilleul trônait sur une petite butée de terre. C’était là que les garçons se tenaient assis. À quelques mètres des filles. Et au milieu des garçons, entre Miguel et Ramon, se trouvait Juan Antonio, allongé sur un coude, le regard dissimulé par ses lunettes de soleil. Il s’apprêtait à se lever, rayonnant et à franchir à pas lents ce tout petit espace qui les séparait encore l’un de l’autre. Juan Antonio ! Lui... Il était là. Il était en vie. Trente-trois ans après, elle en pleurait encore de joie. Il avait dix-huit ans, il souriait de son air provoquant, fier et arrogant. Il ignorait tout du futur. Jouant au prédateur, il la fixait de ses yeux brillants… Lucie ignorait encore à quel point ils étaient verts.
À cet instant précis de leur histoire, on peut faire cet arrêt sur image, figer le temps et l’espace, interrompre la course folle des planètes, le dépérissement cellulaire, l’avachissement des corps, la maladie, la fin, la mort. À ce moment, celui-ci spécialement, c’est la vie qui triomphe dans toute sa splendeur, l’immortalité, la fertilité, la croissance, la lumière, la victoire, la joie, l’espoir, la découverte, la mise à nu, l’exact début. Cette scène était dans son souvenir d’une telle pureté, éclatante de tant de promesses comme un jour nouveau au sommet de l’Himalaya, que malgré tout… elle estimait que ça en valait la peine. Malgré le chagrin, la perte, la douleur, les pleurs, le manque à jamais, oui.
Malgré tout. Rien que pour cette scène. Ça en valait la peine. Amen."


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